Imágenes de páginas
PDF
EPUB

Bourg des François, bafty aux trois riuieres: ce qui s'eft trouué veritable. Il faut confeffer, que Dieu eft vn grand ouurier, & qu'il fait en vn iour, pour les hommes, ce que les hommes n'oferoient quafi efperer en trente ans. Ie dirois qual i volontiers, dans ce changement de l'efprit des Iroquois, ce que difoient deux Algonquins, il y a quelques années, leur canot [20] ayant efté brifé au milieu du grand fieuue, ils fe ietterent fur vne glace flottante, & voyans qu'ils s'alloyent perdre fans refource, ils firent vne petite priere à Dieu, quoy qu'ils ne fuffent pas encor Chreftiens: Ils ne l'auoyent pas quafi commancée, que cette glace, quittant le courrant, qui l'emportoit, trauerfa droit aux riues de ce grand fleuue, où s'eftant doucement arreftée, ils fe ietterent incontinent en lieu de fauueté; & à mefme temps, cette glace qui leur auoit feruy de batteau, fut fracaffée deuant leurs yeux par d'autres glaces. Eux furpris de ce miracle, ne dirent autre chofe, pour action de grace, que ces paroles: En verité, il a eu bien-toft fait; nous n'auions pas encor acheué, le dernier mot de nos prieres, qu'il nous a deliurés {21] du naufrage. Difons le mefme a l'egard des Iroquois. Ils eftoient remplis de rage & de fureur: on prie, on Ieufne, on à recours à la Saindte Vierge, <& à fon cher Epoux Saint Iofeph, tant à Quebec, quaux trois Riuieres & à Montreal, & ces Barbares font changés en vn moment. En verité Dieu à eu bientoft fait, c'eft vn grand ouurier, Soli Deo honor & gloria, c'eft à luy feul, que ce grand changement doit eftre attribué.

Quelque temps apres le changement, & le pourparler de ces deux Nations, vne trouppe d'Iroquois AnnieIt must be confessed that God is a great workman, and that he does for man, in one day, what man himself would scarcely dare hope to accomplish in thirty years. In this change of disposition on the part of the Iroquois, I would be almost willing to use the words uttered by the Algonquins some years ago. Their canoe [20] being wrecked in the middle of the great river, they leaped upon a piece of floating ice; and, seeing that they were on the point of irremediable destruction, they offered a little prayer to God, although they were not yet Christians. They had scarcely begun it when the piece of ice, leaving the current that was bearing it away, crossed straight to the bank of the great river, where it gently came to rest, and the men forthwith sought a place of safety. At the same time, the block of ice which had served them as a boat was shattered before their eyes by other ice-blocks. Surprised at this miracle, they said in thanksgiving only these words: "Truly, it was soon done; we had not yet finished the last word of our prayers, when he delivered us [21] from shipwreck." Let us say the same in regard to the Iroquois. They were filled with rage and fury; we pray, we Fast, we have recourse to the Blessed Virgin and to her dear Spouse, Saint Joseph, at Quebec as well as at three Rivers and Montreal; and in a moment these Barbarians are changed. In truth, God did his work quickly; he is a master workman. Soli Deo honor et gloria; to him alone is this great change to be attributed.

Some time after the change, and after the parley of these two Nations, a band of Anniehronnon Iroquois invaded the Island of Montreal for the purpose of molesting the French in their usual manner. A hronnons, s'eftant iettée dans l'Ifle de Montreal, pour molefter les François à leur ordinaire, vne braue efcouade de Hurons Chreftiens furuenant la deffus, decouurit leur piftes, & donna la chaffe à ces chaffeurs, fi [22] viuement, le propre iour de l'Affomption de la Sainte Vierge, qu'ils prierent [sc. prirent] le Capitaine de ces Courreurs, & quatre des principaux de fa fuitte, mettant le refte en deroute. Cette prife a bien feruy à la paix generalle de tous ces peuples,, comme nous verrons cy-apres.

gallant company of Christian Hurons, arriving unexpectedly, discovered their trail, and gave such hot chase after these hunters, [22] on the very day of the Assumption of the Blessed Virgin, that they made prisoners the Captain of the Skirmishers and four of his principal followers, putting the rest to rout. That capture, as we shall see hereafter, contributed greatly to the general peace of all these tribes.

CHAPITRE III.

DE CE QUI S'EST PASSÉ AUX TROIS RIUIERES.

ï E fuiuray, qual i de mot à mot, ce qui eft couché Y dans quelques lettres venues de cette Bourgade.

Le Capitaine Aontarifati, dit l'vne de ces lettres, que nos Sauuages prirent l'année paffée, fut G fort regretté de tous les cantons des Iroquois d'enbas fes compatriotes, qu'aufli toft que la [23] nouuelle de fa mort leur en fut portée, il fe fit vne ligue generale, & vne refolution, de tirer vne fanglante, & vne cruelle vengeance de cette mort. Le maffacre de Monfieur du Pleffis noftre Gouuerneur, & de quantité des principaux de noftre Bourg, n'affouuit point leur rage: les tourmens horribles, qu'ils firent fouffrir à tous leurs prifonniers, tant François que Sauuages, n'eteignirent point le feu de leur colere. Ils firent vn edit dans tous leur pays, qu'on ne donneroit plus la vie à aucun Huron pris en guerre: ce qu'ils executerent en fuitte, fur quelques miferables qui tomberent entre leurs mains. Tout cela leur parut peu de chofe: il falloit pour les confoler dans la perte d'vn fi grand homme en leur idée, enleuer la Bourgade des [24] trois Riuieres, & mettre à feu & à fang tous les François, & tous les Sauuages qu'ils y rencontreroient.

Pour l'execution de ce deffein, vne petite armée d'Anniehronnôs vint prendre fon quartier d'Hyuer, à trois lieuës ou enuiron de noftre Bourgade, dans le fond des bois; croyant nous furprendre, lors que les

« AnteriorContinuar »