Imágenes de páginas
PDF
EPUB

treuue, des gens de bien, ou des perfonnes de bon naturel. Quelques Anglois, s'approchans du Pere, luy firent vne petite aumofne. Il faut confefler que c'eft vne chofe bien rude, & bien facheufe, de faire, comme on dit, naufrage au port. Ce pauure Pere, & tous les paffagers, & les matelots du mefme equipage, ayans fouffert les fatigues de la mer, dans vn long voyage, n'eftans pas loing de leur patrie, gouftans par auance le repos, & la douceur, qu'ils attendoyent de la veuë, & de la communication de leurs parens & de leurs amis: fe virent miferablement pris & enleués, par des [10] gens, qui ne portent pas le nom d'ennemis, mais qui en font toutes les actions. Dieu foit beny de tout, pour conclufion les Anglois ayans retenu quelques iours le Pere à Pleymouth, le firêt paffer au Havre de Grace, à la follicitation de quelques Capitaines François, dont les vaiffeaux auoyent efté pris, & conduits dans ce mefme port. Voila comme nous auons receu les fragmens des memoires, qu'on nous enuoyoit.

approached the Father and bestowed on him a small gift of charity. It must be admitted, it is a very harsh and trying experience to suffer shipwreck in port, as the saying is. This poor Father and all the passengers and sailors of the same ship, after they had endured the fatigues of the sea during a long voyage, and when they were not far from their native land,—and tasting, in anticipation, the rest and delight which they expected from seeing and conversing with their relatives and friends,—saw themselves miserably captured and carried off by [10] those who did not bear the name, although they displayed all the conduct, of enemies. Let God be blessed for all things. To conclude, after the English had kept the Father for some days at Pleymouth, they sent him over to Havre de Grace, at the solicitation of some French Captains whose vessels had been captured and brought into this same port. It is thus that we received the fragments of the memoirs that were sent to us.

CHAPITRE II.
DE CE QUI S'EST PASSÉ A MONTREAL.
E fecours extraordinaire, qu'on a enuoyé en cette

habitation, au dernier embarquement; [n] a

donné de la ioye, non feulement aux François, qui y font leur demeure: mais encor à tout le païs. Quelques perfonnes de merite, & de vertu, qui ayment mieux eftre connuës de Dieu, que des hommes: ayans donné dequoy leuer vne bonne efcouade d'ouuriers, femblables a ceux qui rebatiffoient Iadis le Temple de Ierufalem, manians la truelle d'vne main, & l'épée de l'autre: on a fait paffer a Montreal, plus d'vne centaine de braues Artifans; tous fçauans dans les métiers qu'ils profeffent, & tous gens de cœur pour la guerre. Dieu beniffe au centuple, ceux qui ont commancé cet ouurage, & leur donne la gloire d'vne fainte perfeuerance, pour la mettre à chef.

Les Peres de noftre Compagnie, [12] qui font en cette habitation, voyans que les Iroquois la muguetoient inceffamment, faifans des courfes dedans l'Ifle: dreffans à toute heure des embufcades: tenans nos François fi étroitement affiegés, qu'on n'ofoit tant foit peu s'ecarter, fans vn danger euident de perdre la vie; comme il arriua a vn pauure miferable, qui pour n'auoir pas fuiuy les ordres, qu'on luy auoit donnés: tomba malheureufement dans les armes de ces chaffeurs d'hommes. Nos Peres dy-ie voyans

[graphic]

CHAPTER II.
OF WHAT OCCURRED AT MONTREAL.
HE extraordinary assistance that was sent to

this settlement by the last shipment [11] gave

joy not only to the French who live there, but also to the whole country. Certain persons of merit and virtue, who choose to be known of God rather than of men, having given the means to raise a suitable company of workmen,—like those who, in days of Yore, rebuilt the Temple of Jerusalem, wielding the trowel with one hand and the sword with the other,—there were sent over to Montreal more than a hundred worthy Artisans, all well versed in the trades that they professed, and all men of courage for war. May God bless a hundredfold those who began this work, and give them the glory of a holy perseverance in pushing it to completion.

The Fathers of our Society [12] who are at this settlement observed that the Iroquois were incessantly striving to obtain it, making sallies into the Island, continually laying ambuscades, and holding our French so closely besieged that no one ventured upon a ramble, to even the least distance, without manifest danger of losing his life,—as was shown by what happened to one poor wretch, who, because he did not obey the orders that were given him, unhappily fell into the hands of these hunters of men. Our Fathers, I say, seeing the imminence of these dangers, induced our French to have recourse ces dangers fi preffans, porterent nos François à auoir recours à la fainte Vierge par quelque deuotion extraordinaire. On fit des ieufnes, des aumofnes, on inftitua les oraifons de quarante heures, on offrit plufieurs communions en fon honneur, bref on [13] fit vn vœu folemnel de celebrer publiquement la fefte de fa prefentation, demandant à Dieu par l'entremife de cette Mere des bontés, ou qu'il arrêtaft la fureur de ces ennemis, ou qu'il les exterminaft, s'il preuoyoit, qu'ils ne fe vouluffent pas conuertir, ny rendre à la raifon; Chofe étrange, & tres-remarquable, les Iroquois depuis ce temps-là, non feulement n'ont eu aucun auantage deffus nous, mais ils ont perdu beaucoup de leur monde, dans leurs attaques, & Dieu à la parfin, les a fi fortement touchés, qu'ils ont demandé la paix.

[graphic]

La protection de cette Reyne des hommes & des Anges parut dans vn certain rencontre, d'vne façon toute particuliere. Vingt fix François, fe trouuans renfermés au milieu de deux cent Iroquois, [14] deuoyent perdre la vie, fans le fecours de cette Princeffe. Ces Barbares, firent vne decharge fur eux, d'vn lieu fort proche; Ils tirerent deux cent coups fans tuer ny bleffer pas vn des noftres. Ce n'eft pas qu'ils ne manient tres-bien leurs armes; mais c'eft que Dieu vouloit, en cét attaque, verifier le prouerbe, qui dit que ce que Dieu garde eft bien gardé. Le Fils de Marie ne refufe rien à fa fainte Mere. Il écarta les bales des ennemis, & dirigea fi bien celles des François, qu'ils renuerferent quantité des Affiegeans, & myrent en fuitte ceux qui rechapperent de la mort, ou des bleffures notables. I'ay leu dans vne lettre, que les chemins par ou ils pafferent en

« AnteriorContinuar »