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terre. D'icy prouient que ces sorciers sont extrémement redoutez, & qu'on ne les oferoit fascher pource qu'ils peuuent, à ce qu'ils croyent, tuer les hommes par leur art.

Ils sont aussi grandement recherchez, pour autant qu'ils ont pouuoir, à ce qu'ils disent, d'ofter la maladie qu'on leur à donnee. C'est chose pitoyable de voir comme le Diable se iouë de ces peuples, lesquels s'eftonnent voyans que nous prouoquons & defions si aisément leurs Sorciers. Ils attribuent cela à vne plus grande cognoissance du Manitou. Ils croyent qu'il y a deformàis [sc. des hommes] parmy [156] eux, qui n'ont aucune communication auec le Diable.

Ce sont des Iongleurs qui font les mefmes singeries que les Sorciers pour tirer des autres quelques presens. Comme nous crions certain iour contre la malice des Sorciers, l'vn des Sauuages qui estoyent presens & qu'on tenoit pour tel, dit tout haut, pour moy ie ne sçay point ces malices: mon pere battoit son tambour aupres des malades, ie l’ay veu faire, ie fay comme luy: Voyla toute la fineffe que i'y fçay. Ces pauures Barbares mourans tous les iours, disent qu'il n'y a plus de vray Man[i]touïfiou parmy eux, c'est à dire de vray Sorcier.

C'est l'office du Sorcier d'interpreter les fonges, d'expliquer le chant, ou le rencontre des oiseaux. Les Romains auoyent les Augures qui faisoyent la mefme chose. Ils disent que quand on songe qu'on a veu beaucoup de chair d'Orignac, que c'est figne de vie: mais si on a des fonges d'Ours, c'est signe de mort. I'ay defia dit plusieurs fois que ces Charlatans chantent & battent leurs tambours pour guerir les malades, pour tuer des ennemis en guerre & prendre des animaux à la chasse. Pigarouich, c'est le Sor

them, because they can, the people believe, kill men by their arts. They are also greatly sought after, inasmuch as they can, it is said, remove disease which has been inflicted by them. It is a pitiable sight to see how the Devil makes sport of these people, who are astonished when they see how easily we challenge and defy their Sorcerers. They attribute it to a better acquaintance with the Manitou. They believe that there are men among [156] them who have no communication with the Devil. These are Jugglers who perform the same apish tricks as the Sorcerers, in order to get a few presents from others. One day, when we were inveighing against the malice of the Sorcerers, one of the Savages present, who was regarded as such, exclaimed, “As for me, I know

, nothing about these tricks; my father beat his drum near the sick; I have seen him do it, and I do as he did; this is all the artifice I understand.” These poor Barbarians, perishing every day, say that there is no longer any real Man[i]touisiou among them, that is to say, no genuine Sorcerer.

It is the office of the Sorcerer to interpret dreams, to explain the singing of birds, or encounters with them. The Romans had their Augurs, who did the

. same thing. They say that when one dreams he has seen a great deal of Moose meat, it is a sign of life; but if one dreams of a Bear, it is a sign of death. I have already said several times that these Charlatans sing and beat their drums to cure the sick, to kill their enemies in war, and to capture animals in the hunt. Pigarouich, the Sorcerer of whom I have spoken above, sang to us [157] once the song he uses when he intends to go hunting. He uttered only these words, lagoua mou itoutaoui ne e-é, which he recier dont i'ay parlé cy-dessus, nous chanta [157] vne fois la chanson qu'il dit voulant aller à la chaffe. 11 ne profera que ces paroles, Iagoua mou itoutaouj ne e-é, qu'il reïtera plusieurs fois auec diuers tons sombres & pesans, quoy qu'assez doux à l'oreille.

Nous luy demandasmes pourquoy il chantoit cela pour prendre des animaux. I'ay veu, dit-il, en songe ceste chanfon, c'est pourquoy ie l'ay retenuë & m'en suis seruy depuis. Il nous pria fort de luy enseigner ce qu'il falloit chanter pour guerir les malades, & pour avoir bonne chasse, nous promettans de l'obseruer de poinct en poinct.

Voicy l'vne des façons dont se seruent les meschans pour tuer leurs compatriotes. Quelqu'vn m'a dit qü'ils s'estoyent autresfois voulu seruir de ces diableries contre les François, mais qu'ils n'auoyent peu les faire malades. Si le Chrestien fçauoit sa dignité, il en feroit grande eftime. Vn Sorcier voulant tuer quelqu'vn entre dans son Tabernacle, fait venir les Genies du iour, ou ceux qui font le iour: ils les nomment ainsi, & nous les appellons des Diables. Estans entrez il leur enuoye querir l'ame de celuy, ou de ceux qu'ils veulent tuer. Si ces personnes sont d'autre Nation, ils changent leur nom, de peur que leurs parens en ayans le vent, [158] prennent vengeance du forcier. Ces Genies apportent ces pauures ames en forme de pierres, ou d'vne autre façon. Alors le forcier les frappe à coups d'espees, ou de haches: en forte que le sang en decoule si fort, que l'espee, ou la hache en demeure toute teinte & toute rouge. Cela fait, celuy dont on a frappé l'ame tombe malade & languit iusques à la mort. Voilà comme ces pauures gens font abusez des Demons. Quand vn Sauuage

He re

peated several times in different tones, grave and heavy, although pleasant enough to the ear. We asked him why he sang this to capture animals. “I learned," said he, “this song in a dream; and that is why I have preserved and used it since." quested us earnestly to teach him what must be sung to cure the sick, and to have a good chase, promising us to observe it exactly.

Here is one of the methods employed by the wicked ones to kill their countrymen. Some one has told me that they had formerly tried to use these deviltries against the French, but that they could not make them sick. If the Christian realized his own dignity he would hold it in high esteem. A Sorcerer, wishing to kill some one, enters his Tent and summons the Genii of the light, or those who make the light; they call them thus, and we call them Devils. When they arrive, he sends them after the soul of him, or of those, whom they wish to kill. If these persons belong to another Nation, they change their name, lest their relatives, getting wind of the affair, [158] take vengeance on the sorcerer. The Genii bring these poor souls in the form of stones, or in some other shape. Then the sorcerer strikes them with blows of javelins or hatchets, so hard that the blood runs down from them, so copiously that the javelin or the hatchet remains all stained and red with it. When this is done, the one whose soul had been struck falls sick, and languishes unto death. See how these poor people are deluded by the Demons.

When one Savage hates another, he employs a sorcerer to kill him in this way; but they say that if the sick man happens to dream who it is that has bewitched him, he will get well and the sorcerer will die. These en hayt quelqu'autre, il se sert d'vn sorcier pour le tuer en ceste maniere: mais ils disent que si le malade vient à songer qui est celuy qui l'a ensorcelé, qu'il guerira & que le forcier mourra. Ces Genies ou faiseurs de Iour leur font accroire qu'ils ayment beaucoup leur Nation, mais que le mefchant Manitou les empesche de leur procurer les biens qu'ils leur desirent.

Ils s'imaginent que celuy qui souhaitte ou desire la mort à vn autre, notamment s'il est forcier, obtient fouuent l'effect de son defir: mais aussi le forcier qui a eu ce souhait, meurt apres les autres. C'est chose estrange de voir comme ces peuples s'accordent fi bien à l'exterieur, & comme ils se hayfsent à l'interieur.

Ils ne se faschent pas & [159] ne s'entrebattent pas

fouuent: mais au fonds du cour ils se veulent bien du mal. Ie ne sçay comme cela se peut accorder auec le bien & le secours qu'ils se prestent les vns les autres.

Vn de ces Sorciers ou Iongleurs m'a dit, que parfois le diable parle à quelque Sauuage, on entend seulement sa voix sans rien voir. Il luy dira par exemple: tu trouueras vne pierre sur la neige, ou en tel endroit, ou dans le cour, ou dans l'espaule ou autre partie d'vn Elan, ou d'vn autre animal: prends ceste pierre & tu seras heureux à la chasse: Celuy-cy m'asseuroit qu'il auoit trouué vne de ces pierres dans le cœur d'vn Elan, & qu'il l'auoit donné à vn François: C'est pourquoy, disoit-il, ie ne tueray plus rien.

Il disoit encores que le Diable fe communiquoit par songes. Vn Orignac se presentera à quelqu'vn en dormant, & luy dira, viens à moy: Le Sauuage esueillé va chercher l’Orignac qu'il a veu; l'ayant trouué,

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